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Focus sur les addictions – Partie 1 : l’alcool

1 Juin 2022À la une, Actus

Même à faible dose, la consommation d’alcool peut avoir des répercussions sur la santé et la sécurité des travailleurs.

Les risques professionnels sont ainsi aggravés, sachant que les conséquences sur la santé à court ou long terme peuvent être préoccupantes. Banalisation de certaines substances psychoactives, poly consommations, et/ou premières consommations précoces… Le monde du travail est évidemment concerné par ces enjeux. Quels sont-ils ? Quelles implications pour les salariés et employeurs ? Quels peuvent être les signaux ? Comment prendre en charge ce risque ? L’AISMT13 fait le point pour vous.

Le monde du travail et l’addiction à l’alcool : un lien de corrélation à prendre en compte

L’entreprise peut être un allié face au risque d’addiction à l’alcool, mais aussi un vecteur de fragilisation, toutes catégories socio-professionnelles confondues.
Les principaux facteurs de risque de conduites addictives sont : ceux liés aux produits, ceux dits « individuels », et enfin ceux dits « d’environnement » dans lesquels se situent les facteurs « professionnels ».
Le travail peut en effet être un facteur de risque, par exemple lorsque l’alcool devient un facteur d’intégration (dans le cadre d’un repas de travail ou d’une réunion, etc.), lorsque le travail est posté, isolé, de nuit, lorsque le poste est à risque élevé ou avec des contraintes fortes de productivité, lorsque le travail exige des responsabilités importantes ou une tension psychologique forte, lorsque le soutien social ou la latitude décisionnelle sont faibles… En effet, la consommation d’alcool va produire des effets recherchés comme la détente, la baisse de l’anxiété ou de la douleur, la désinhibition, l’excitation…

9% des consommateurs d’alcool déclarent avoir augmenté leur consommation à cause de problèmes liés à leur situation professionnelle au cœur des 12 derniers mois (source : Baromètre santé 2010 INPES). D’où l’importance de prévenir les Risques Psychosociaux bien en amont afin d’éviter que les salariés n’en viennent à recourir à l’alcool comme moyen de régulation individuel.

Le travail peut aussi avoir des effets protecteurs : il fixe un cadre et des règles en lien avec notre environnement. Et bien sûr quand tout va bien au niveau du travail, cela peut même devenir une source de satisfaction, pour valoriser l’estime de soi etc. Le travail peut donc aussi être un facteur d’équilibre psychique, celui-là même qui protège des addictions.

L’addiction à l’alcool : des conséquences pour la santé individuelle des salariés et la santé collective de l’entreprise

Pour rappel, l’addiction est une affection cérébrale chronique induite par la répétition d’un comportement alors même que l’on a conscience des effets négatifs.
Même consommé de manière ponctuelle, les conséquences de l’alcool sur les capacités cognitives sont immédiates : diminution de l’acuité visuelle et auditive, de l’attention, de la concentration, du temps d’attention…
Cet effet rapide au niveau du cerveau joue donc nécessairement sur le comportement du travailleur et ralentissent les fonctions de travail.

17,8 : multiplicateur du risque d’être responsable d’un accident mortel sur la route quand le conducteur est sous l’emprise d’alcool.

Quoi qu’il en soit, l’employeur est dans l’obligation de mettre en place des mesures et actions de prévention qui entrent dans le cadre de la politique de prévention pour prévenir le risque d’addiction à l’alcool des travailleurs. Une obligation légale, mais aussi un enjeu pour améliorer la performance de son entreprise et la santé globale des salariés.

Addiction alcool – Employeur

Le dirigeant d’entreprise face au risque professionnel d’addiction à l’alcool : nos recommandations

1/ ÊTRE VIGILANT : REPÉRER LES SIGNES PRÉCOCES

L’employeur doit toujours rester attentif, notamment aux signes qui peuvent passer inaperçus si l’on ne fait pas preuve d’une grande vigilance : absence courtes et répétées, retards, accidents, irritabilité croissante, trouble d’élocution ou de concentration, conflits interpersonnels (relationnel conflictuel avec certains collègues par exemple), modification de la qualité du travail, etc.

2/ PROCÉDER À UNE ÉVALUATION DES FAITS

L’idée est de mettre en place une évaluation factuelle de la situation : entretien individuel et de préférence en présentiel avec le salarié concerné. Les tests de dépistage sont d’ailleurs désormais autorisés en entreprise par le Code du Travail : pour autant, ils sont à utiliser avec précaution car ils peuvent soulever des questions éthiques et potentiellement fragiliser la relation de confiance entre l’employeur et le salarié.

3/ AGIR EN COLLABORATION AVEC LE SERVICE DE PRÉVENTION ET DE SANTÉ AU TRAVAIL (SPSTI)

L’employeur doit agir en collaboration avec le médecin du travail puisque le SPSTI est au cœur de cette mission de prévention des addictions. Grâce aux compétences de l’équipe pluridisciplinaire (psychologues, assistantes sociales, etc.), il est possible d’agir en amont en proposant des actions de sensibilisation dans le cadre de la prévention primaire.
Chaque adhérent est en mesure de demander cette visite médicale pour le salarié.

Mettre en place une démarche de prévention des risques liés à l’addiction à l’alcool pour la santé et la sécurité des travailleurs   

Globalement, retenons 3 grands axes et 7 étapes clés pour monter une démarche de prévention.

Etapes clés démarche prévention
  • Des concertations.

> Tous les acteurs doivent être rattachés à la démarche pour favoriser la compréhension (actions de formation et d’information) et l’adhésion. Cela passe soit par le CSE soit, idéalement, par la création d’un comité de pilotage dédié et réunissant des membres de la direction, de l’encadrement et du service RH, des membres du CSE et des salariés, mais aussi du SPSTI. NB : n’hésitez pas également à solliciter d’autres partenaires tels que la Carsat, l’Anact – Aract…

> Il est bien sûr fondamental d’intégrer une étape de formation de tous les membres du comité de pilotage pour sortir des idées reçues sur l’alcool et aborder la situation de manière professionnelle et la plus neutre possible, en pleine conscience des enjeux pour les salariés et pour toute l’entreprise.

  • Une évaluation du risque.

> Quelques indicateurs qualitatifs et quantitatifs peuvent vous guider : postes avec horaires atypiques, postes participant à la fabrication, la vente ou la distribution d’alcool, postes en contact avec du public… Mais aussi : la fréquence des visites médicales à la demande de l’employeur pour un problème lié à ces pratiques addictives ou encore les résultats de l’évaluation des autres risques professionnels connus qui pourraient engendrer ces pratiques addictives, etc.

Zoom sur la partie de l’évaluation des risques, étape diagnostic.

addictaide.fr a synthétisé les 7 grands facteurs à prendre en compte :

  • Culture générale de prévention des risques
  • Évaluation du risque « pratiques addictives »
  • Existence éventuelle d’actions de prévention en matière de pratiques addictives et leur résultat
  • Vécu et la perception des collaborateurs vis-à-vis des pratiques addictives en général
  • Habitudes culturelles notamment en matière de consommation
  • Conditions de travail
  • Bilan de l’état social de l’entreprise/organisation et des outils de gestion RH

C’est à ce stade que vous pourrez vous lancer dans la rédaction d’une charte des règles et bonnes conduites à suivre avant d’établir votre plan d’actions.

  • La mise en œuvre des actions de prévention.

Une fois déterminées, il faudra prioriser les actions grâce aux comptes rendus et avis des concertations et inclure des communications régulières auprès des travailleurs pour accompagner cette mise en œuvre. Dans un second temps, il s’agira de les évaluer pour affiner si besoin.

La consommation d’alcool : un enjeu de santé au travail et de santé publique !

Des niveaux de consommation d’alcool toujours très importants

Addiction alcool infographie

Des dispositions réglementaires et des consignes minimales pour encadrer la consommation d’alcool

C’est l’article R. 4228-20 du Code du Travail qui encadre la consommation d’alcool en entreprise pour assurer la santé et la sécurité des travailleurs et qui impose à l’employeur de prendre toutes les mesures nécessaires en ce sens, avec obligation d’inscription dans le règlement intérieur ou à défaut dans une note de service.
Également, les articles R 234-1 à R 234-7 du Code de la Route complètent cet encadrement de manière plus générale en ce qui concerne les modalités et sanctions liées à la conduite sous l’emprise de l’alcool.
Enfin, ce sont les dispositions du règlement intérieur de l’entreprise qui vont encore préciser les bonnes pratiques, règles et/ou sanctions éventuelles. Il rappelle le comportement à adopter dans l’entreprise et quelques consignes minimales à respecter comme par exemple (liste non exhaustive) :

  • Toujours proposer aux salariés des boissons non alcoolisées
  • Seuls les alcools suivants peuvent être proposés, dans une limite de 1 à 2 verres maximum : vin, bière, cidre, poirée
  • Penser à mettre à disposition de quoi se restaurer pour éviter les pics d’alcoolémie
  • Sachant qu’1 verre d’alcool est éliminé en 1h30 en moyenne : prévoir des délais suffisants avant la reprise de l’activité
  • Veiller à ce que les apprentis, femmes enceintes et mineurs ne consomment pas d’alcool et ne pas insister si un collègue ne souhaite pas en boire de prime abord

Quelques chiffres-clés à retenir pour ne pas tomber dans une pratique addictive

Addiction alcool repères GIF

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