La quête de sens au travail : un enjeu majeur dans les entreprises !

22 Juin 2022Focus prévention

Le thème du sens au travail reste central, notamment mis en avant lors de la  Semaine pour la Qualité de Vie au Travail (SQVT).
Mais que signifie réellement le sens au travail ? Peut-on le définir objectivement ? Quelles conséquences pour l’organisation et pour l’individu ?
Cet article apporte un éclairage complet.

Qu’est-ce que le sens au travail ?

Comment définir le sens au travail ?

Le sens au travail se définit par la perception qu’a chacun de l’utilité et de la valeur de son activité professionnelle. Selon le rapport de Thomat Coutrot (DARES) et Coralie Perez, trois dimensions composent cette notion :

  • Utilité sociale
  • Capacité de développement
  • Cohérence éthique

3 axes sens au travail

Une notion subjective

Cette perception reste subjective et varie selon les facteurs culturels et sociaux. Par exemple, les métiers de soin sont souvent considérés comme porteurs de sens. Pourtant, tout poste peut être source de sens selon l’engagement du travailleur. Percevoir le sens favorise la motivation et le plaisir.

Le rôle de l’employeur

L’employeur joue un rôle : il ne peut pas imposer le sens, toutefois il doit surveiller les conditions qui influencent sa perte, notamment à travers la Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT). La QVCT touche aux pratiques managériales, au maintien dans l’emploi, aux évolutions professionnelles, aux transformations et à la conduite du changement. Ainsi, elle reste un levier fondamental pour la santé des salariés et la performance des entreprises.

L’évolution du concept et son importance

Les origines

Dès la fin des années 1980, certains économistes du travail ont identifié la satisfaction au travail comme un facteur clé du bien-être et de la motivation. Avec l’économie du bonheur et l’économie comportementale, l’utilité du travail est devenue centrale dans les théories économiques.

Les années 2010 : le tournant de l’adhésion

Depuis 2010, les organisations évaluent l’adhésion du travailleur à la mission globale. Elles recherchent l’adéquation entre ses valeurs et ses actions au travail. On parle alors de motivation prosociale, où les entreprises sont jugées sur leurs relations avec leurs salariés, clients et communautés, et sur leur impact social (Deloitte, 2018).

Les recherches récentes

Deux études majeures, Cassar et Meyer (2018) et Nikolova et Clossen (2020), ont consacré le sens au travail comme concept autonome. Elles le relient au bien-être eudémonique, qui inclut : autonomie, compétences et relations sociales. Bruyère et Lizé (2020) complètent en ajoutant : utilité, temps et collectif. Pour conclure, si les critères et la définition sont encore en débat, des points convergent de plus en plus.  

Pourquoi le sens au travail devient un enjeu stratégique

Ainsi, si pendant longtemps la rémunération était considérée comme la quasi seule compensation de la « pénibilité » au travail, le sens au travail est au cœur du débat public depuis une dizaine d’année pour différentes raisons :

  • L’évolution des logiques décisionnelles, de la logique métier à la logique gestionnaire (objectifs chiffrés, tableaux Excel…).
  • L’usage des NTIC et l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle, parfois instable (concept de « laisse électronique »).
  • Injonction du sens au travail avec la médiatisation des notions de bonheur au travail, qui pousse les salariés à s’interroger sur leur rôle et leur satisfaction.
  • La crise Covid-19 qui a intensification le débat.
  • La fidélisation des salariés dans les entreprises en tension.

Les facteurs de perte de sens 

GIF facteurs perte de sens

Les conditions de travail et les risques psychosociaux influencent fortement la perte de sens (Rapport Michel Gollac et Marceline Bodier). En voici quelques illustrations :

1. Intensification du travail

Surcharge, objectifs irréalistes, reporting excessif, évaluation uniquement quantitative.

2. Perte d’autonomie

Méthodes standardisées, manque de développement, contrôle accru en télétravail.

3. Intensité émotionnelle

Tensions avec le public, contact avec la détresse humaine.

4. Rapports sociaux conflictuels

Manque de reconnaissance, conflits, absence de soutien.

5. Insécurité socio-économique

Menaces sur le poste ou l’entreprise, inadéquation des capacités et des conditions.

6. Conflit de valeurs

Sentiment d’inutilité, travail jugé de mauvaise qualité, souffrance éthique.

Ces risques exigent une prévention active.

Quelles conséquences peut avoir la perte de sens au travail ?

Selon l’enquête Conditions de travail (2013‑2016, 17 000 salariés) :

Pour l’entreprise

Selon l’enquête Conditions de travail réalisée entre 2013 et 2016 sur un panel de 17 000 salariés, 3 grandes conséquences sont à prendre en compte.

  1. Changement d’emploi envisageable pour beaucoup de salarié en cas de perte de sens : turn-over difficile à gérer pour les entreprises.
  2. Prise de parole collective souvent sous forme d’adhésion syndicale.
  3. Absentéisme et déséquilibre de l’organisation globale voire coûts supplémentaires pour l’entreprise par exemple en cas de remplacements.
GIF conséquences sens au travail

Pour le salarié

Tout d’abord, la perte de sens au travail peut bien sûr déclencher une souffrance psychique :

  • Sentiment d’inutilité
  • Souffrance éthique (l’évaluation morale des tâches à accomplir devient de plus en plus mauvaise : on fait quelque chose à laquelle on ne croit pas ou à laquelle on n’adhère pas)
  • Sentiment du travail mal fait
  • Burn-out – brownt-out

Elle induit d’ailleurs souvent des reconversions ou des réorientations dues à des désengagements ou des démotivations. Pour autant, sans aller jusqu’à la reconversion, il est possible de donner du sens à son activité en la pratiquant différemment. Et ce, dans la même entreprise, en revoyant les conditions d’exercice.

Dans le cas contraire, décider d’une reconversion implique souvent un bilan de compétences. Il est donc fondamental en tant que salarié de pouvoir compter sur une hiérarchie ouverte, bienveillante et transparente. Cela permettra de surmonter ces problématiques, faute de quoi le turn over ou l’absentéisme sont des conséquences fort probables.

Vous pouvez aussi demander conseil en tant que salarié ou en tant qu’employeur à notre Cellule Prévention de la Désinsertion Professionnelle. L’objectif : le maintien en emploi et le bien-être au travail bien sûr. De nombreux partenaires peuvent d’ailleurs être associé à la démarche. Rendez-vous sur notre article pour en savoir plus sur cet accompagnement clé.

Questions à se poser pour redonner du sens

Enfin, il est aussi possible de se poser quelques questions dès lors qu’un doute s’installe sur la perte potentielle du sens que l’on accorde à son travail :

  • Quelles sont mes attentes professionnelles ?
  • Mon activité est-elle utile et pour qui ?

  • Quels changements à court terme pourraient améliorer ma satisfaction ?

  • Mes valeurs et aspirations s’alignent-elles avec mon métier ?

  • Comment puis-je redonner du sens à ma vie professionnelle 

Ces questions aident à identifier les leviers de motivation et à prévenir la perte de sens.

La QVCT : un levier pour prévenir la perte de sens 

En résumé, le sens au travail est autant une question subjective et individuelle qu’une question qui renvoit pour l’employeur à la prévention des risques. 

La QVCT se décline en quatre étapes :

1. Construction : organisation et concertation

2. Évaluation : état des lieux 

3. Mise en œuvre : expérimentations

4. Suivi : appropriation et adaptation continue

Les psychologues du travail interviennent également en trois temps pour renforcer ces démarches : diagnostic, recommandations, suivi. Consultez notre article pour en savoir plus ! 

GIF Accompagnement psy 3 temps

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