Le handicap invisible
Nos équipes se mobilisent pour sensibiliser les entreprises adhérentes au handicap invisible. En complément des animations que nous proposons, cet article vise à faire évoluer les représentations. Vous y trouverez des explications claires et des pistes concrètes pour mieux comprendre ce sujet encore trop méconnu.
Enfin, dans les entreprises de plusQu’est-ce que le handicap invisible ?
Le handicap invisible désigne un handicap non détectable si la personne concernée n’en parle pas. La personne concernée peut sembler en bonne santé. Pourtant, les troubles dont elle souffre ont un impact réel sur sa qualité de vie, notamment au travail.
Il peut s’agir, par exemple, d’une maladie chronique comme la sclérose en plaques ou la fibromyalgie. Il peut aussi concerner des troubles psychiques, la dyslexie ou encore les séquelles d’un accident.
Ainsi, ces handicaps sont invisibles, mais pas imaginaires !
Quelques chiffres clés
- 80% des handicaps ne se voient pas.
- 3% des travailleurs en situation de handicap sont en fauteuil roulant.
- 85% des handicaps apparaissent au cours de la vie.
- 10% des personnes en situation de handicap nécessitent un aménagement de poste.
- 88% des salariés estiment qu’il est facile de travailler avec un collègue en situation de handicap.
À savoir sur le handicap invisible
- Les effets d’un handicap invisible peuvent être aussi importants que ceux d’un handicap visible.
- Tout salarié en situation de handicap peut bénéficier d’un aménagement de poste. Ainsi, il peut travailler dans des conditions équivalentes à celles de ses collègues, grâce à des solutions techniques et organisationnelles.
- Par ailleurs, la fatigabilité constitue un point commun à de nombreuses maladies chroniques. Elle impacte fortement la vie professionnelle.
- Enfin, dans les entreprises de plus de 20 salariés, 6% des effectifs doivent être reconnus travailleurs handicapés (RQTH). À défaut, l’employeur verse une contribution annuelle à l’Agefiph.
La RQTH, reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé
Qui peut obtenir le statut RQTH ?
Toute personne dont les possibilités d’obtenir ou de conserver un emploi sont réduites en raison d’une altération physique, sensorielle, mentale ou psychique peut demander la RQTH.
Pourquoi faire une demande de RQTH ?
La RQTH ouvre des droits et offre plusieurs avantages. Elle permet notamment de sécuriser le parcours professionnel. De plus, elle favorise une reconnaissance fondée sur les compétences, et non sur le handicap.
A quoi sert la RQTH ?
Grâce à la RQTH, il est possible de :
- Bénéficier plus facilement d’un aménagement du poste de travail.
- Accéder en priorité à la formation professionnelle, ainsi qu’aux dispositifs de droit commun.
- Être accompagné individuellement par Cap Emploi.
Existe-t-il une obligation d’embauche ?
Oui. Tout employeur d’au moins 20 salariés doit employer des personnes en situation de handicap à hauteur de 6 % de son effectif total.
Quels sont les avantages pour l’employeur ?
Recruter une personne en situation de handicap montre l’ouverture humaine de l’entreprise. Cela améliore son image auprès des salariés comme des clients.
De plus, cela permet :
- De répondre à l’obligation légale d’emploi.
- De réduire, voire supprimer, la contribution versée à l’Agefiph.
- De renforcer sa marque employeur.
Comment parler de son handicap ?
Côté salariés
Pour aborder son handicap, il est utile de parler de ses répercussions concrètes. Indiquer ce que vous pouvez faire ou non facilite la recherche de solutions adaptées.
Côté employeurs
Il est essentiel d’instaurer un climat de confiance. Pour cela, vous pouvez communiquer sur votre politique handicap et former vos managers aux accompagnements possibles.
Vers quels interlocuteurs se tourner ?
Vous pouvez solliciter :
- Dans l’entreprise : la DRH ou le référent handicap.
- Le médecin traitant.
- Le médecin du travail.
- Des organismes spécialisés : Cap Emploi, Agefiph, Adapt…
L’accompagnement proposé par l’AISMT13
L’AISMT13 accompagne employeurs et salariés pour trouver des solutions adaptées. Ainsi, le médecin du travail peut faire appel à différents experts : ergonomes, psychologues ou encore la Cellule de Prévention de la Désinsertion Professionnelle.
Regards croisés et retours d’expérience
La vision du docteur Spinelli, médecin du travail
Qu’appelle-t-on un « handicap » ?
Dans le monde du travail, un handicap correspond à l’inadéquation d’un poste de travail et d’une pathologie. L’exemple du violoniste est parlant : s’il ne peut plus utiliser deux de ses doigts, il n’est plus en mesure de travailler. En revanche, il est apte pour exercer de nombreux autres métiers. Ainsi, une RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) est attribuée en fonction de l’inadéquation du poste, afin d’assurer l’équité dans le monde du travail.
Qu’est-ce qu’un handicap invisible ?
Dans 8 cas sur 10, les salariés ont un handicap qui n’est pas visible, ou des pathologies qui vont avoir un impact sur la capacité de travail et nécessiter un aménagement de poste. Je pense notamment à la polyarthrite, la spondylarthrite, la sclérose en plaque, la hernie discale, fibromyalgie, la maladie de Crohn ou encore la rectocolite hémorragique.
Quel est le rôle du médecin du travail face à des travailleurs dans ces situations ?
Son rôle est de prévenir la désinsertion professionnelle et d’aménager le poste du salarié, en conseillant à la fois le salarié et l’employeur. Et ainsi, pouvoir maintenir le salarié en poste.
Comment prendre en compte la spécificité du handicap invisible ?
Cette spécificité est difficile à prendre en compte, car un aménagement de poste est souvent perçu comme un privilège donné au salarié par l’employeur. Alors qu’en matière de handicap, on répond par de l’équité et non de l’égalité. Ainsi, on donne les moyens adaptés à la personne pour faire son travail. Le manque d’acception peut générer la souffrance de salariés ayant un handicap invisible, car ils font face à de l’incompréhension et une mise à l’écart. Pourtant, le sentiment d’injustice est subi des deux côtés. C’est pourquoi les mentalités doivent évoluer.

Quel a été l’impact de la Covid-19 dans la reconnaissance des handicaps invisibles ?
De nombreuses personnes en situation de handicap invisible non déclaré ont été amenées à le déclarer afin d’être protégées durant la crise sanitaire, notamment des personnes sous immunosuppresseurs. Malgré des certificats médicaux partagés, certains employeurs et collègues ont été suspicieux sur la véracité des pathologies. Et malgré la situation, certaines personnes vulnérables ont fait le choix de ne pas le déclarer. D’où l’importance de sensibiliser au handicap invisible, pour ne plus porter de jugement.
Christophe Sonzogni, Dirigeant de la société NSF, témoigne de son expérience
Etes-vous concerné par l’insertion de personnes en situation de handicap invisible dans votre entreprise ?
Oui, j’ai un cas bien précis : une personne sourde.
Comment est perçu le handicap par vos équipes ? Qu’en est-il lorsque le handicap est invisible ?
La personne est dynamique et travailleuse, donc très bien intégrée. Il faut parler de son handicap auprès des équipes et des clients, afin de les avertir et de faire en sorte que le handicap ne soit pas un problème. Dans son cas, les personnes qui s’adressent à notre agent doivent s’exprimer en face et enlever, dans la mesure du possible, leur masque (ou avoir un masque transparent au niveau des lèvres).
De manière globale, travailler avec une personne ayant un handicap invisible est plus complexe : il faut à la fois veiller à ne pas blesser le salarié concerné, et informer un maximum de personnes sans le crier sur tous les toits.
Quelles sont vos difficultés et vos réussites en matière d’insertion de travailleurs en situation de handicap invisible ?
Quand la personne est connue et que le handicap est compris par ses collègues et le client, c’est une réussite, en particulier lorsque la personne est motivée et volontaire pour le travail. J’ai eu d’autres salariés touchés par le handicap invisible.
Parler de son handicap à son employeur est important dès l’embauche : cela lui permettra de prendre en compte les besoins et contraintes pour adapter le travail au quotidien. Ces travailleurs sont souvent de « très gros bosseurs », car ils veulent prouver leurs compétences et montrer que leur handicap n’est pas un problème.
Un salarié témoigne de son parcours
A quelle situation faites-vous face et comment la vivez-vous ?
Sportif, j’ai l’air d’être en bonne santé. Pourtant, je suis en situation de handicap. Que ce soit dans le monde du travail ou dans ma vie personnelle, je suis fréquemment confronté à un manque de compréhension de la part de personnes connues et inconnues. Il m’est difficile de me justifier, d’exprimer la souffrance liée à mes douleurs dans le monde du travail, car cela génère des réflexions et des remontrances. J’aimerais que les individus fassent preuve de plus de compassion.
Comment est perçu votre handicap par vos collègues de travail ?
Si mes collègues sont au courant de mon handicap, ils ont du mal à comprendre qu’un grand sportif puisse souffrir d’un handicap, et des difficultés que cela peut engendrer. Je travaille sur une ligne de production agroalimentaire. Quand je vais bien, mon travail peut être efficient sur les tâches les plus complexes. Mais je suis vite fatigué et ne peux travailler qu’un temps limité sur ces tâches-là. Lorsque je m’oriente vers des tâches moins physiques, je sens le poids des critiques.
Comment est perçu votre handicap par votre employeur ?
Travaillant dans une coopérative, nous sommes tous « patrons », à la fois coopérateurs et salariés. Le responsable de production, qui me voit « jeune » et « sportif », préfère me positionner sur les lignes de production les plus difficiles car je vais toujours faire de mon mieux. Il faut comprendre que cela n’est possible qu’à temps partiel, et de véritablement l’intégrer dans la durée.
Comment votre employeur a-t-il pu adapter votre situation de travail ?
Dans l’entreprise où j’exerçais auparavant, je n’ai jamais réussi à parler de mon handicap. Avec la coopérative, j’ai mis du temps à décider d’apporter mon dossier médical avec mes IRM lors d’un rendez-vous avec mon médecin du travail. Dès lors, ce médecin a considéré mon problème comme étant le sien, et est intervenu pour adapter mon poste de travail. Ainsi, [avec l’appui du Cap Emploi], une ergonome s’est rendue dans l’usine afin d’observer mon travail au quotidien. Suite à plusieurs visites médicales, une réunion a été organisée avec moi-même, le médecin du travail et l’ergonome, le responsable, le directeur de production et la secrétaire, pour améliorer mes conditions de travail et faire évoluer les mentalités. Cela a engendré des premières évolutions, avec une meilleure considération de ma problématique. Néanmoins, le chemin est encore long, car on continue de me « prendre par les sentiments » pour continuer à travailler sur les machines plus de temps que recommandé, et il n’est pas aisé de refuser.
Aujourd’hui, je commence à réfléchir à changer de poste ou de travail, où un accompagnement est possible par mon médecin du travail.
En quoi le fait que votre handicap ne soit pas visible impacte votre vie professionnelle et personnelle ?
Au niveau professionnel, je suis une personne consciencieuse. Travailler régulièrement dans la douleur m’oblige à prendre des antidouleurs le soir.
Le mouvement et les séances de kinésithérapie 3 fois par semaine sont d’une grande aide, ces dernières me soulagent. J’alloue donc un temps personnel conséquent à ma santé.
Également, dans la vie quotidienne, je suis souvent confronté à des regards accusateurs lorsque je m’assoie dans un bus, par exemple lorsqu’il y a du monde et qu’une personne âgée se trouve debout. Quand je vois une personne paraissant en bonne santé être prioritaire à une caisse spécial « handicap », j’essaie de sensibiliser les autres individus pouvant être critiques, en expliquant qu’un handicap ne se voit pas forcément.
Quel est votre handicap ?
J’ai d’abord subi un accident du travail il y a de nombreuses années en me tordant le genou avec une machine, puis un accident de moto. Cela a engendré de l’arthrose au genou et des douleurs au quotidien, aujourd’hui je n’ai quasiment plus de cartilage.
Des précisions apportées par le Docteur Spinelli, Médecin du travail
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Pour plus d’informations sur le handicap invisible,
vous pouvez contacter votre centre médical.
Sources
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